Visages retrouvés
En 1995, le Festival de Peinture à Mascouche s’associait au Musée d’art de Joliette afin de présenter «Visages retrouvés» 1920-1950, une exposition inédite permettant d’explorer le visage humain de cette époque de l’entre-deux-guerres
Visages peints, visages dessinés. Depuis des siècles, les artistes transcrivent les traits de leurs semblables en espérant leur insuffler un brin d’immortalité. Avec l’avènement de la photographie au milieu du XIXe siècle, l’art du portait s’est vu bousculé par un mode de représentation qui transmettait d’emblée la ressemblance. Pourtant, peintres et dessinateurs ont continué de travailler le portrait comme si cette méthode d’investigation de l’autre n’avait pas été épuisée.
Le Musée d’art de Joliette possède une importante collection de portraits canadiens des XIXe et XXe siècles. Si le critère de ressemblance inscrit l’art du portraitiste dans la lignée de la tradition réaliste, les nouveaux courants qui émergent à cette époque exigent de l’artiste qu’il soit fidèle à sa subjectivité, tant au niveau de son interprétation du sujet que de ses choix plastiques.
On pourra observer cette oscillation entre tradition et modernité chez des artistes comme Léo Ayotte, Alexander Bercovitch, le Père Wilfrid Corbeilc.s.v., Stanley Cosgrove, Jean-Philippe Dallaire, Georges Delfosse, Lionel Lemoine Fitzgerald, Louise Gadbois, Raymonde Gravel, Adrien Hébert, Herman Heilich, Ozias Leduc, Gabrielle Messier, Ernst Neumann et Lilias Torrance Newton. L’exposition incite aussi à découvrir les subtilités de la représentation du visage humain dans des variantes comme le portrait de commande, le portrait d’atelier, le portrait intimiste, l’autoportrait et l’esquisse.
Au-delà des facteurs historiques et plastiques, l’art du portrait invite à réfléchir sur la façon de représenter l’autre. Désir de commémorer, d’immortaliser. Désir de connaître ou de se reconnaître. De la surface peinte ou dessinée naît un carrefour de rencontres entre les perceptions du modèle, de l’artiste et du spectateur. Le portrait se situe là où se brouillent les frontières entre le présent et l’absent.
Texte publié dans la brochure promotionnelle du Festival de Peinture à Mascouche, 1995.


